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Kokopelli, "lettre de Sylvie"

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Kokopelli, "lettre de Sylvie"

Message par eden.sb le Mer 22 Aoû - 11:52


SAUVONS KOKOPELLI

Cela fait plus de dix ans que l'Association Kokopelli est
victime de la mafia semencière et des tracasseries émanant
des « tutelles » du Ministère de l'Agriculture. Elle fait peur
aux pouvoirs en place non parce qu’elle vend des graines de
tomates ou autres légumes, mais parce qu’elle prône l'autonomie,
le jardinage familial, la véritable agro écologie, la production
autonome de semences, la résistance des paysans du Tiers-
Monde. Elle commet sans cesse des crimes de lèse-majesté
contre l'agriculture chimique, mortifère et cancérigène, et le
contrôle des peuples par les multinationales de l'agrochimie et de
la semence avec la complicité des dirigeants des nations qui ne
sont que des pantins dans les mains de ces prédateurs.
Comme je l’ai déjà signalé à maintes reprises, en France,
les semenciers libres subissent continuellement des atteintes à
la liberté par les visites réitérées des agents de la Répression des
Fraudes, qui, sans doute sans le savoir, sont les collaborateurs
des « Saigneurs de la Terre », dénoncés en 1997 par Camille
Guillou. Ainsi, depuis le début de l’année 2004, l’association
Kokopelli, qui œuvre dans le sens de la directive de la
Communauté Européenne portant sur la conservation de la
biodiversité in situ, est harcelée par les agents de la Répression
parce qu'une grande partie des semences de plantes potagères
qu’elle distribue sont des semences de variétés anciennes, non-
inscrites dans le catalogue officiel, ce qui est actuellement
considéré comme un crime d’État.
Il est scandaleux de constater la pression exercée sur les
petits semenciers biologiques qui préservent la biodiversité
de notre planète et les plantes qui sont un bien commun, alors
que les pollueurs et pilleurs de tout genre continuent à détruire
impunément notre environnement, grâce à la complicité des
États qui leur distribuent nos deniers sous forme de très fortes
subventions, tout en prônant officiellement la « biodiversité ».

Dominique Guillet, Président de l’Association Kokopelli,
pose depuis sa création la bonne question : « Le catalogue
officiel aurait-il été érigé non point pour la protection des
jardiniers, mais pour la protection des intérêts financiers des
grands groupes et multinationales qui ont racheté la quasi-totalité
du secteur semencier depuis 40 années ? » Il est certain qu’il
connaît la réponse à cette question. Il rêve d’une planète « avec
des semences libres cultivées dans le respect de l'environnement,
avec des enfants qui ne meurent plus de faim, avec des jardins
et des champs, source de vie et de diversité. » Il conseille à ceux
qui possèdent un jardin et aux petits cultivateurs indépendants de
semer impérativement de plus en plus de semences interdites, de
les donner, les échanger, et produire de jeunes plants de variétés
interdites afin de les distribuer autour d’eux et aux pays les
plus pauvres, sinon, dans quelques années, il n’y aura plus de
semences libres, mais seulement des organismes génétiquement
modifiés et des hybrides F1. « Résistons fertilement sinon,
dans une dizaine d’années, le jardinage familial sera interdit
pour cause d’homogénéisation : il sera devenu une activité à
hauts risques bactérien et sociologique. » Espérons qu’ils seront
nombreux à l’écouter et que la distribution des variétés interdites
évitera leur disparition.

En 2004, Kokopelli a été accusée par des agents de la
répression des fraudes de commercialiser des semences de
variétés non inscrites au Catalogue officiel et l’Etat s’est porté
partie civile. En 2005 la société Baumaux assignait l’association
devant les juridictions civiles de Nancy sur le fondement de
la « concurrence déloyale ». Elle demandait la condamnation
de Kokopelli à lui payer 100 000 euros de dommages-intérêts,
ainsi que la cessation de toutes les activités de l'association. Pour
information, au 30 juin 2011, la société Baumaux avait un chiffre
d'affaire annuel de 14 millions d'euros et un résultat net de 2
millions d'euros, mais cela ne lui suffisait pas.

Or, en février 2011, une lueur d’espoir est apparue comme
pouvant marquer un tournant dans la lutte pour la biodiversité
et la protection des semences anciennes. Dans le cadre du
procès qui oppose l’association Kokopelli à la société Graines
Baumaux, la Cour d’Appel de Nancy a fait droit à la demande
de l’association de saisir la Cour européenne de justice et chacun
pensait que la cause de Kokopelli était gagnée.

Selon Blanche Magarinos-Rey, avocate de Kokopelli,
« l’Industrie, représentée par la GNIS (groupement national
interprofessionnel des semences), intente un procès par
l’intermédiaire de l’Etat et de ses agents de la répression des
fraudes dont certains appartiennent aussi à la GNIS ». Le procès
Kokopelli dépasse maintenant ses propres frontières et il est une
remise en cause globale de la législation qui obéit à la demande
des industriels. Les variétés qui ne sont pas appropriées sont
rendues illégales car elles font concurrence aux semenciers.
C’est la première fois qu’un procès de ce type entre en appel
dans le cadre de l’UE, mais il représente une logique globale
dans le cadre d’une vaste question politique. « Cette histoire a
pris énormément d’ampleur. L’acceptation de l’accusation en
Cours de cassation ne pouvait pas tenir politiquement. A ce
moment là, les médias ont bougé, les pétitions circulé et des élus
se sont mobilisés. Nombre d’entre eux ont trouvé totalement
absurde cette accusation et ont affirmé le caractère d’utilité
publique de l’association […] », a précisé Blanche Magarinos-
Rey. Quant au dépôt de la marque tomate kokopelli par
Baumaux, on peut le considérer comme frauduleux, au sens de
notre jurisprudence en la matière.

Aussi, grande a été notre surprise d’apprendre, le 14
juillet 2012, que la biodiversité dont on parle tant et que
l’on méprise tant a été sacrifiée à la croissance et la
productivité, obsessions de la mondialisation. En effet,
alors que le 19 janvier dernier, son Avocat Général donnait
entièrement raison à Kokopelli en estimant que l'enregistrement
obligatoire de toutes les semences au catalogue officiel était
disproportionné et violait les principes de libre exercice
de l'activité économique, de non-discrimination et de libre
circulation des marchandises, la Cour de Justice vient de donner
un satisfecit intégral à la législation européenne sur le commerce
des semences.

Comme le signale sur son site l’association, « aux termes
d'une analyse étonnement superficielle de l'affaire, et d'une
décision qui ressemble plus à un communiqué de presse qu'à un
jugement de droit, la Cour justifie l'interdiction du commerce
des semences de variétés anciennes par l'objectif, jugé supérieur,
d'une “productivité agricole accrue” ! »
« Productivité » est donc le mot-clé de ces décisions
alors que c’est la « décroissance », prônée à juste titre par
Pierre Rabhi qui devrait marquer notre époque alarmante.
Ce mot, utilisé 15 fois dans la décision de la Cour, met
l’accent sur la toute puissance du paradigme productiviste
qui a présidé aux « trente glorieuses ». Ce mot fait partie des
trouvailles « géniales d’hier » qui sont devenues les catastrophes
des lendemains. C’est ainsi que ce raisonnement qui dure depuis
50 ans nous a conduits a perdre plus de 75 % de la biodiversité
agricole européenne.

Cette directive européenne est un véritable leurre, que
Kokopelli et tant d'autres organisations européennes ont déjà
dénoncé, et ne vise pas à permettre la commercialisation
des variétés anciennes ni même à conserver la biodiversité
semencière.
De plus, cette biodiversité, qui existe depuis des siècles
et a nourri tous les peuples européens, est soudain devenue
dangereuse puisque la Cour a signalé à deux reprises que la
législation permet d'éviter « la mise en terre de semences
potentiellement nuisibles ». Il fallait oser alors que les semences
du Catalogue, enrobées des pesticides Cruiser, Gaucho Régent,
et autres produits de la chimie, empoisonnent la biosphère et les
populations depuis plus de cinquante ans !

Ainsi, si nous en doutions encore, nous avons la preuve
formelle que la Cour de l'Union Européenne est, elle aussi, au
service de l'agriculture chimique et de son idéologie meurtrière
qui a déjà conduit à la disparition de 90 % des cultures
céréalières.
Et l'Association Kokopelli, qui depuis 20 ans veille avec
passion à la préservation du patrimoine semencier européen,
bien commun de tous, sans la moindre subvention publique,
pourrait donc bien disparaître demain, car son activité, qui gêne
l'une de nos sociétés commerciales les mieux installées, ne
présente pas d'intérêt pour une « productivité agricole accrue ».
Cependant, il n'est pas admissible que les variétés anciennes,
héritage de nos grands-parents, soient interdites de cité !
Plus que jamais, Kokopelli a besoin du soutien de toute la
population qui est concernée, qu’elle le veuille ou non.

La gauche, sous les précédents gouvernements de droite,
nous a dit pouvoir compter sur son soutien à de nombreuses
reprises. Il est temps maintenant qu'elle transforme ses
promesses en actes, puisque « le changement c’est maintenant ».

En résumé, voici ce que réclame l’association Kokopelli :
Le Catalogue officiel actuel est le pré-carré exclusif des
variétés protégées par des droits de propriété intellectuelle,
hybride F1 non reproductibles. Qu'il le reste.
Nous voulons que les semences anciennes et nouvelles
appartenant au domaine public et librement reproductibles
sortent du champ d'application de la législation sur le commerce
des semences.
Il n'existe pas de catalogue officiel obligatoire pour les clous
et les boulons. Il n'y a pas de raison de soumettre les semences
à une procédure préalable de mise sur le marché, comme les
pesticides ou les médicaments, pour les cataloguer dans un
registre.
Des objectifs de qualité et de loyauté dans les échanges
commerciaux peuvent être aisément atteints par un règlement de
base fixant des critères minimums en termes de qualité sanitaire,
faculté germinative, pureté variétale et pureté spécifique.
La semence, essence même de la vie, est aujourd’hui
menacée. La semence, la voix de nos ancêtres, est le fruit de
12 000 années, ou plus, de co-évolution entre l'Homme, la
Terre et la Plante : l'homme a domestiqué la plante tout autant
que la plante a domestiqué l'homme. Ce processus co-évolutif
a engendré un patrimoine végétal et culturel, très diversifié,
qui est le bien commun de toute l'humanité. Cet héritage court
aujourd’hui le risque d’être confisqué par une infime minorité.
L’aliénation de la semence par l’agro-industrie constitue

un danger sans précédent pour l’indépendance alimentaire
et pour la santé des peuples. Les vendeurs de pesticides
bricolent dans leurs laboratoires ou dans leurs champs, brûlés
par la chimie, des hybrides dégénérescents ou des chimères
génétiquement modifiées, qu’ils osent appeler semences. Ces
semences industrielles sont malades : elles ne peuvent vivre
sans pesticides, sans engrais chimiques ou sans manipulations
génétiques. Polluantes pour l’environnement, elles sont le point
de départ de déficiences nutritionnelles, d'aliments-poisons, de
cancers et autres maladies, de dégénérescence chez l'homme et
chez l'animal.
Afin d'obtenir le monopole de ce qui appartient à tous,
les lobbies de la pétro-agro-chimie, aidés par l'Etat, veulent
supprimer le droit inaliénable de chacun de ressemer sa
récolte.
L'agriculture toxique est une invention récente des
industriels de la guerre et de la chimie, soutenus par une
caste de technocrates qui a réduit à néant les paysanneries
traditionnelles. L'humanité s'est nourrie pendant 12 000
années, ou plus, de plantes saines et savoureuses issues de
semences de vie, de semences de terroir, de semences croissant
dans des écosystèmes naturels et vivants.
Comme les générations qui nous ont précédés, nous avons
le devoir de transmettre à nos enfants, et aux enfants de nos
enfants, la possibilité d’orienter et de choisir leur avenir.
L'Association Kokopelli œuvre ainsi à la protection de la
biodiversité alimentaire, à la promotion de pratiques agro-
écologiques et au recouvrement par les jardiniers et par les
paysans du droit à produire leurs propres semences.
L'Association Kokopelli est aujourd'hui menacée dans
sa survie par les attaques du lobby semencier et de l'Etat. Au
travers de Kokopelli, ces attaquent visent à détruire le droit de
protéger et de partager les semences.
L'Association Kokopelli est aujourd'hui menacée dans
sa survie par des législations nationales ou internationales
qui sont une invention récente des états et du lobby de la
semence industrielle et de l'agro-chimie, et qui font du droit à
la protection et au partage des semences, un délit.
Nous exigeons pour tous les paysans, maraîchers,
jardiniers, semenciers et associations œuvrant à la protection
de la biodiversité alimentaire :
- la liberté de protéger les semences de vie, de terroir, de
population.
- la liberté de reproduire ces semences.
-1la liberté de refuser, pour ces semences, tout
enregistrement, tout catalogue national, tout brevet, tout droit
de propriété intellectuelle.
- la liberté de donner, d'échanger et de commercialiser ces
semences.
- la liberté de créer de nouvelles variétés de semences
adaptées à un terroir, adaptées à une vie culturelle, adaptées à
des pratiques agro-écologiques.
- la liberté de refuser les chimères génétiques, source de
contamination.
- la liberté de partager et d'échanger, en toute coopération
et réciprocité, les savoirs et les savoir-faire issus de millénaires
d'agriculture traditionnelle.
- la liberté d'utiliser, de commercialiser, de conseiller et
d'enseigner toute technique et pratique agro-écologique (purin
d'ortie, extraits fermentés, etc) respectueuse de l'Homme et des
ecosystèmes.

Nous exigeons, en fait, tout simplement, le droit
inconditionnel de transmettre la biodiversité et la fertilité aux
générations futures.

Il n’est guère besoin d’ajouter de commentaires à ces
demandes auxquelles nous souscrivons pleinement. Espérons
que nous serons nombreux à le manifester, quitte à tous
descendre dans la rue pour la conservation de nos « acquits
humanitaires ».

Sylvie Simon

Note personnelle :
Le titre me laisse songeur, Kokopelli ne doit pas être sauver mais plutôt préserver, même si bien sur, l'urgence d'un sauvetage est pour ainsi dire permanente vu la fréquence des complications qu'ils doivent traverser.
En y pensant, cela aurait pu faire l’objet d'un intéressant atelier pour la conférence internationale décroissance, enfin.
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